Accident de l'Île-aux-Tourtes : Un rapport d'enquête bâclé!

Montréal, le 5 décembre 2002 – « C’est une tragique impression de déjà vu que nous laisse le rapport d’enquête de la CSST sur l’accident qui a coûté la vie à trois de nos membres, Félipe Lopez Terciro, Simplicio Freitas et Paulo Mota, le 3 décembre 2001. D’autant plus tragique que cet accident aurait pu être évité si la Loi était pleinement appliquée dans la construction, notamment au chapitre de la prévention, comme nous le réclamons depuis 22 ans. Le rapport d’enquête n’en fait aucune mention », déplore M. Richard Goyette, directeur général adjoint du Conseil conjoint de la construction (FTQ).

Les véritables causes des décès

« On n’a rien à redire sur la constatation des faits, les déficiences de l’embarcation par exemple, mais ce rapport est bâclé dans la mesure où il évite d’identifier les véritables causes du décès de ces travailleurs, soit l’argent que le plus bas soumissionnaire veut économiser au détriment de la sécurité, l’absence de véritable programme de prévention, de représentant à la prévention et de formation. Si toutes les dispositions de la loi étaient en vigueur, ces mesures seraient appliquées », a ajouté M. Goyette.

Jusqu’à 30 morts par année dans la construction

Rappelons que bon an mal an, depuis 1980 (année de l’entrée en vigueur de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles), on relève annuellement entre 20 et 30 décès dans le secteur de la construction au Québec.

Alors que ces travailleurs ne représentent que 4 % du total de la main-d’œuvre active dans la province, ils sont victimes de 14 % de tous les décès accidentels.

Une culture de l’exécution rapide des travaux

« Il faut le dire sans détour, lorsqu’une culture de l’exécution rapide de travaux s’installe, quand des ouvriers doivent soulever sans équipement des poutres de 300 livres sous un pont ou encore qu’on laisse à lui-même un travailleur toute une journée sur une console au milieu de l’eau, la sécurité en prend pour son rhume », a soumis pour sa part M. Yves Ouellet, président du Conseil consultatif régional du Conseil conjoint de la construction (FTQ).

La prévention partout maintenant

« La FTQ martèle le clou de la prévention sur toutes les tribunes depuis l’adoption de la Loi de la CSST voilà près d’un quart de siècle. Trois présidents avant moi ont repris sans cesse le bâton du pèlerin pour exiger du gouvernement qu’il applique toutes les dispositions de la loi sans exception et dans tous les secteurs.

« C’est irresponsable, sinon criminel, que les employeurs ne soient pas tenus par la loi de mettre en place des programmes de prévention, de faire de la formation. Ce n’est pas tout d’inscrire dans des recommandations suite à des décès que la CSST informera les milieux concernés des mesures de prévention à mettre en place.

« Ça donne peut-être bonne conscience à certaines personnes mais nous, ce qu’on exige, c’est que tous les employeurs soient tenus légalement de prendre toutes les mesures pour prévenir des accidents et à plus forte raison des décès », a insisté le président de la FTQ, M. Henri Massé.

Des chantiers qui se prennent en main

« Nous ne demandons pas à avoir un inspecteur de la CSST sur chaque chantier », a expliqué Richard Goyette, rappelant qu’aujourd’hui les 80 inspecteurs de la CSST peinent à couvrir 3 % des lieux de travail. « La loi est conçue pour que les chantiers se prennent en main, notamment en prévention. Il faut que les employeurs soient tenus de l’appliquer », a conclu le directeur général adjoint du Conseil conjoint de la construction (FTQ)

La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente plus d’un demi-million de membres.