2013 : régimes de retraite et stratégie économique au menu

Montréal, le 3 janvier 2013. — Pour la FTQ, le bilan de l’année 2012 n’a rien d’enviable. Comme dans toute chose, il y a de bons aspects, mais cette fois-ci, le négatif l’emporte sur le positif. Si les principaux acteurs y mettent toute leur volonté, la bonification, en 2013, des régimes publics de retraite et le développement d’une véritable stratégie économique au service du Québec pourraient voir cette tendance inversée.

Les « grands » dossiers occupent habituellement les premières lignes des bilans que la majorité des observateurs font de l’activité politique et socio-économique. À la FTQ nous croyons cependant qu’à côté de ces dossiers d’éclat, les luttes des travailleurs et des travailleuses pour améliorer leurs conditions de vie et de travail font figure d’enfant pauvre. Voilà pourquoi nous tenons à rappeler d’entrée de jeu quelques-unes des batailles livrées par nos syndicats lors de la dernière année, tout en souhaitant qu’elles s’impriment dans notre mémoire collective.

Lock-out, grèves et fermetures

Mentionnons le lock-out de six mois qui a frappé les 780 employés de l’usine d’Alma de Rio Tinto Alcan, les concessions arrachées par les Produits forestiers Résolu et Kruger, le ravage effectué dans les régimes de retraite chez White Birch, la lutte en défense des travailleuses domestiques, la bataille contre le déménagement du centre d’opération d’Air Canada à Toronto, celle contre la délocalisation d’Aveos, Mabe et Electrolux, les fermetures de Zellers, la dénonciation de l’absence ou de la défectuosité des mesures de santé et de sécurité du travail sur les chantiers, la grève de trois mois des salariés de la Commission de la construction du Québec, les laissés pour compte de Gentilly-2 et de la région de l’amiante…

Ailleurs, comme à Havre-Saint-Pierre, c’est la population tout entière qui a exigé d’Hydro-Québec, et qui a finalement gagné, qu’elle y installe son centre d’entretien du chantier La Romaine et qu’elle priorise l’embauche locale. À Rimouski, la même société d’État coupe dans les emplois syndiqués et recourt à la sous-traitance.

Dans les résidences privées pour personnes âgées, nos syndicats demandent l’amélioration des conditions de travail et la formation nécessaire pour mieux servir les bénéficiaires.

Par ailleurs, il faut souligner la victoire de la FTQ-Construction lors de la dernière période de maraudage. Elle a vu augmenter le nombre de ses membres et sa représentativité.

Il faut aussi rappeler la signature de l’entente entre les Cols bleus et la Ville de Montréal à quelques mois de l’échéance de la convention collective. Les Cols bleus et la Ville ont maintenu le régime de retraite à prestations déterminées tout en diminuant les coûts, comme quoi c’est possible.

Mais il faut constater qu’ici comme ailleurs, les droits des travailleurs sont menacés de toutes parts et des reculs sont essuyés. Le revers subi par la formule Rand, au Michigan, en est un exemple récent. La FTQ et ses syndicats affiliés entendent tout faire pour faire respecter et faciliter les droits du travail et souhaitent que le nouveau gouvernement du Québec prêche par l’exemple.

Nous avons d’ailleurs été heureux d’apprendre que la ministre Maltais entend proposer aux parties intéressées des modifications afin d’améliorer la Loi sur la santé et la sécurité du travail.

Services publics à la dérive

Pour l’ensemble de la population du Québec, les enjeux demeurent entiers. La vaste majorité des citoyens subit les effets d’une privatisation croissante des services publics (cliniques onéreuses, résidences privées « obligées », prix croissant des médicaments et des assurances). En même temps, la population vieillissante ne peut compter sur une retraite convenable.

Voilà pourquoi, à la FTQ, nous n’avons pas cessé de marteler ce clou afin de convaincre le gouvernement de la nécessité de repousser le retour à l’équilibre budgétaire et de profiter de ce report pour donner davantage d’air aux services publics.

Améliorer le RRQ : une urgence

Le temps presse, il faut absolument que le gouvernement du Québec aille de l’avant, qu’il tente de convaincre d’ici juin les provinces encore hésitantes et qu’il propose des mesures efficaces afin d’améliorer le sort de la population vieillissante à la retraite, en bonifiant le Régime des rentes du Québec, plutôt que de perdre ses énergies à la mise sur pied de Régimes volontaires d’épargne-retraite coûteux et désengageant les employeurs de leurs responsabilités. La FTQ, plus que jamais, entend poursuivre sa campagne Pour une retraite à l’abri des soucis.

Revigorer les régions

La poussière n’était pas retombée sur les élections que le nouveau gouvernement Marois s’est précipité pour fermer Gentilly-2 et retirer l’aide à la mine d’amiante Jeffrey. Il est impératif qu’il propose dès maintenant une issue à une situation qui voit aujourd’hui des centaines de travailleurs et de travailleuses dans la rue, dont certains, déjà, songent à vendre leur maison pour avoir droit à l’aide sociale. C’est inacceptable.

Le nouveau système d’attribution du bois et d’organisation du travail forestier (CAAF), s’il n’est pas modifié, mettra fin à la syndicalisation d’environ 30 % des activités. Il est urgent de s’asseoir avec le gouvernement afin de discuter des solutions et des modifications à apporter au nouveau système afin d’assurer la survie des accréditations syndicales et la protection des conditions de travail, de manière à assurer la bonne marche de ce secteur d’activité qui a été mis à mal dans les dernières années.

Aide à la deuxième et à la troisième transformation

Au chapitre des ressources naturelles, nous n’insisterons jamais assez sur la nécessité de faire des pas concrets en direction de la deuxième et de la troisième transformation. Le temps des vœux pieux est révolu, il faut passer aux actes. Enrichir le Québec, cela ne veut pas dire laisser les étrangers exploiter nos ressources naturelles et repartir avec. Cela signifie la création, ici, de produits à valeur ajoutée, afin de dynamiser le secteur manufacturier et diversifier réellement le tissu productif des régions. Il y a lieu de créer des instruments efficaces, récompensant les efforts des entreprises qui s’engagent dans cette voie. À la FTQ, nous proposons qu’une vaste coalition, à caractère pluraliste, soit mise sur pied afin de promouvoir et défendre en ce sens les intérêts du Québec. De toute évidence, les acteurs patronaux ont eux aussi intérêt à reconstruire le secteur manufacturier du Québec, d’autant plus que la création d’une dizaine d’emplois dans ce secteur entraîne la création de six emplois dans d’autres activités économiques.

Dans le secteur minier, il faut réfléchir à un nouveau régime de redevances qui permettra à la fois au Québec d’être compétitif et de faire bénéficier à la population du Québec — et à la population locale et régionale en tout premier lieu — le fruit de l’exploitation de nos ressources naturelles.

La FTQ est particulièrement inquiète du fait qu’on aille chercher de la main-d’œuvre à l’extérieur du Québec. Dans le secteur manufacturier, les entreprises délocalisent à moindre coût leurs activités dans les pays émergents. Dans le secteur des ressources naturelles, qu’on ne peut « déménager », on fait venir ici des travailleurs à moindre coût, et dans le non-respect des droits du travail.

Il est on ne peut plus urgent que le gouvernement du Québec se dote d’une stratégie économique et industrielle visant le plein-emploi, au service du développement durable du Québec, respectueuse des populations du territoire et de leur environnement. Il en va de l’avenir de notre société et des générations futures.

Les conservateurs en guerre ouverte contre les travailleurs et les travailleuses

Du côté du fédéral, le gouvernement majoritaire de Harper a eu dans sa mire les organisations syndicales, les travailleurs et les travailleuses. Recourant sans vergogne aux lois spéciales pour régler des conflits de travail (Postes, Air Canada), il s’en prend maintenant, avec son projet de loi C-377, aux organisations syndicales, s’inspirant des politiques républicaines antisyndicales aux États-Unis. Après avoir fait main basse sur la caisse d’assurance-emploi et procédé à ni plus ni moins qu’un détournement de fonds, il a « scrapé » les droits des sans emploi, allongé indument les délais de traitement des dossiers, fermé des centres d’emploi et aboli les conseils arbitraux et autres mécanismes d’appel. Il a supprimé des emplois en fermant des stations de la Garde côtière. Il a mis en disponibilité des inspecteurs des aliments, il a coupé les subventions aux groupes de défense des droits démocratiques. Il a diminué lourdement l’aide à la solidarité internationale. Il a retiré le Canada des accords de Kyoto. Il a récidivé dans ses tentatives de bafouer le droit à l’avortement. Il a aboli le registre national d’armes d’épaule.

Finalement, nous croyons que l’ensemble de la société civile du Québec doit se préoccuper davantage et se mobiliser contre les politiques destructrices du gouvernement Harper, un gouvernement dans lequel les Québécois ne se reconnaissent pas. On devra s’en souvenir lors des prochaines élections, en 2015. Entretemps, nous continuerons de nous battre farouchement, particulièrement dans le dossier de l’assurance-emploi.

Lutte étudiante et commission d’enquête : les incontournables du bilan

L’histoire inscrira sans nul doute dans ses pages les deux éléments incontournables qu’ont été la lutte des étudiants et des étudiantes et le début des travaux de la commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Elle notera également dans ses annales la défaite des libéraux aux élections du 4 septembre et l’élection minoritaire du gouvernement du Parti québécois avec à sa tête, pour la première fois, une femme première ministre.

Les enjeux soulevés par la lutte étudiante réapparaîtront lors du Sommet sur l’éducation postsecondaire de la mi-février, auquel la FTQ participera.

La Commission Charbonneau a bien fait quelques manchettes sur des affaires croustillantes, mais on est encore loin de la question qui doit être au cœur de cette commission : le financement des partis politiques. À ce chapitre, il faut saluer l’adoption des projets de loi 1 et 2 sur l’octroi des contrats et sur le financement des partis. Quant à nous, et comme nous l’avons déjà dit, nous avons assuré la Commission de notre entière coopération.

Une lutte sans relâche

En conclusion, la FTQ continuera évidemment d’être active dans les dossiers pour lesquels elle est mandatée (condition féminine, question linguistique, environnement, droits du travail, personnes immigrantes, réseau d’entraide syndicale, activités de formation, solidarité internationale) et d’agir dans le meilleur intérêt des membres qu’elle représente.

La FTQ, la plus grande centrale syndicale au Québec, représente plus de 600 000 travailleurs et travailleuses.